LE GRAND PARDON. LE PARDON VÉRITABLE.

Pour être en mesure de bien comprendre ce qu’est le pardon, il est nécessaire de se pencher en premier lieu sur la notion de « péché ». Ce mot vient du latin peccatum qui signifie  » faute » ou « erreur ». Dans le contexte religieux, il est considéré comme une violation, consciente ou non, de l’Ordre naturel des choses. Dans l’allégorie du récit biblique d’Adam et Ève, on parvient à expliquer l’origine de la souffrance vécue par l’être humain. En mangeant le fruit de l

a connaissance du bien et du mal, Adam et Ève changent d’état de conscience. ils commencent à percevoir la réalité sous l’angle de la dualité. ils perdent leur innocence, leur pureté, leur spontanéité et leur candeur. Ils dressent un voile de séparation entre leur esprit et leur corps, et également entre l’intérieur et l »extérieur d’eux-mêmes. se sentant séparés et divisés, ils ont peur et deviennent vulnérables. cette peur s’accompagne d’un sentiment de honte et de culpabilité, et en conséquence, ils se sachent du regard de D.ieu.

Ils sont encore dans le Jardin d’Eden, mais pourtant leur vision du monde est très différente. Il est intéressant de souligner ce fait, car il est très révélateur. Grâce à ce récit, nous pouvons prendre conscience que c’est l’être humain seul qui commet un péché en choisissant de considérer les choses au travers du prisme déformant du bien et du mal, autrement dit de la dualité. Sa souffrance originelle n’a pas été provoquée par un quelconque châtiment, mais par son changement de regard sur lui-même et sur son environnement, dans l’instant présent.

Le récit de la Genèse dit bien qu’Adam et Ève ont éprouvé de la peur et de la honte lorsqu’ils ont pris conscience de  leur nudité avant même d’être chassés du jardin d’Eden. En effet, avant de subir le châtiment de D.ieu, qui n’est en vérité que l’application implacable de la loi de cause à effet et non une punition, ils se sont vêtus pour cacher leur nudité. Leur changement d’attitude (pudeur) est l’expression de leur volonté de voiler ce qui, en eux, est dorénavant considéré comme étant « mal ». leur nudité, soit leur état naturel, est devenue honteuse. Ils ont éprouvé de la peur à l’idée d’être vus dans toute la nudité de leur vérité, et c’est la raison pour laquelle ils se sont cachés. Leur nudité représente le « mal » honteux qu’il faut cacher et la feuille de vigne symbolise toutes les stratégies d’occultation utilisées par l’Ego à cette fin. Le péché originel est un changement de regard qui fait passer l’individu d’un état de conscience fondé sur l’unité, a cédé la place à la dualité, à la peur et à la souffrance. L’avertissement de D.ieu s’est réalisé: ils sont morts, du moins intérieurement, spirituellement.

Ce qu’il faut comprendre au travers de cette allégorie, c’est que l’être humain est lui-même responsable de sa souffrance. En réalité, il n’y a jamais eu de faute ni de péché aux yeux de D.ieu qui est pure miséricorde, compassion infinie et amour inconditionnel. Le péché, de même que le sentiment de culpabilité qui l’accompagne, n’existe que dans la psyché humaine lorsqu’elle procède à un jugement moral pour distinguer le « bien » du « mal ». L’être humain n’a en vérité jamais été en dehors du Royaume de D.ieu.

Le péché originel, bien que fondé sur une impression illusoire de séparation, est la cause d’une souffrance qui, quant à elle, est bien réelle. Pour que l’être humain puisse se libérer de cette souffrance, il doit se défaire de la croyance qu’il a fait quelque chose qui le rend indigne d’être aimé. Le péché n’est qu’une croyance qui procède du mental, donc de la connaissance du bien et du mal. cette croyance s’exprime de la façon suivante au fin fond de la psyché humaine, dans le cœur de la blessure:  » je suis séparé du Royaume de Dieu, c’est parce que j’ai commis une faute, un péché, et que désormais je ne suis plus digne d’être aimé. J’ai perdu l’amour! Pour le retrouver, il faut que je cache, en moi, tout ce qui ne mérite pas d’être aimé. »

A cette croyance originelle viendront s’agglutiner d’autres croyances négatives au sujet de la personnalité, auxquelles seront automatiquement liées des charges émotionnelles. Toutes ces croyances limitantes et émotions « négatives » forment la souffrance de l’enfant intérieur blessé. C’est tout ce que l’être humain pense devoir cacher s’il veut obtenir l’amour du monde extérieur. Malheureusement, à partir de cette croyance illusoire, il continue de creuser le fossé de la dualité en lui-même et avec le monde extérieur. Pour ne pas risquer d’être privé d’amour, il va se cacher derrière des masques et des faux-semblants. Il va se parer de jolis masques pour mieux occulter le mal. Ces artifices prendront l’apparence du bien et seront projetés à chaque fois qu’il se sentira menacé. Avec le temps, ces masques s’agglutineront autour de son centre et voileront sa vérité intérieure, celle de son cœur, là où siège le Royaume de D.ieu, son moi profond. Son armure de protection deviendra de plus en plus lourde et difficile à porter.

Tous ces masques portés par l’être humain sont autant de mécanismes de défense destinés à protéger la blessure de son enfant intérieur, de son âme. L’individu dépense beaucoup d’énergie pour les porter car ce n’est qu’à travers eux qu’il estime avoir une chance d’obtenir l’amour qu’il n’est pas capable de s’apporter lui-même, à cause des fausses croyances d’indignité auxquelles il s’identifie. A travers ces masques, il agit de manière intéressée pour compenser ses propres manques. Il n’hésite pas à endosser certains rôles qui le font agir à l’encontre des intérêts de ses semblables. C’est en cela que certaines personnes usent de la colère, du dédain, de l’orgueil et de la manipulation.
il s’agit d’un mécanisme de défense qui leur parait le plus approprié pour protéger la blessure de leur enfant intérieur. Ayant été attaquées, trahies, rejetées, humiliées et jugées, ces personnes ont développé un mécanisme de défense qui les rend désagréables et confrontantes. Pour elles, la meilleure défense, c’est l’attaque! En regardant au-delà des masques portés par leur ego, il est possible de voir un enfant intérieur honteux et complexé qui ne souhaite pas perdre le contrôle et risquer d’être mis à nu dans sa vulnérabilité et ses faiblesses.

Le rôle identitaire de la « victime », aussi paradoxal que cela puisse paraître, est aussi un mécanisme de défense. la « victime » ne se montre pas dans sa souffrance profonde, mais dans un mélodrame de surface destiné à se faire plaindre, à obtenir l’apitoiement sur son triste sort: « Regardez comme je souffre, comme je suis un pauvre… comme je n’ai pas de chance… regardez comme j’ai davantage besoin d’amour que les autres. je vous en supplie, aimez-moi… », se dit-elle! Elle cherche en vérité à se nourrir de l’attention des autres, de leur écoute, de leur pitié. C’est une manière qu’elle a trouvé pour obtenir une forme d’amour dont elle a besoin et qu’elle n’est pas capable de s’apporter elle-même, tant l’identification aux fausses croyances sur sa personne sont tenaces. Malgré l’amour compensatoire qu’elle peut parfois obtenir en surface, la souffrance des parts blessées de son enfant intérieur reste bien vivante dans les couches profondes et obscures du subconscient. Comme ses « ombres intérieurs » aspirent à retrouver leur lumière perdue, elles remonteront constamment à la surface pour appeler à elles le regard aimant de l’ego, mais identifié à ses fausses croyances, celui-ci repartira irrémédiablement dans ses stratégies d’évitement et de compensation, se privant de l’opportunité d’apporter lui-même l’amour qui fait défaut à l’endroit des blessures intérieures.

Quelles que soient les stratégies d’évitement et d’occultation utilisées, elles ne servent en vérité qu’à se maintenait le plus loin possible du cœur de la blessure et de tous ces aspects de soi-même jugés « ombrageux ». Toutefois, ce’ n’est pas parce que nous montrons un joli visage que nous sommes libérés des blessures de notre enfant intérieur. Au contraire, plus nous opposons le bien au mal, plus la division entre l’ego et l’enfant intérieur s’amplifie. L’âme ne recherche pas le bien au détriment du mal, elle EST! Elle ne connaît pas la morale et ne saurait donc procéder à un jugement de valeur pour déterminer ce qui doit être caché ou au contraire, valorisé.

Pour retrouver consciemment l’amour de lui-même, l’être humain doit donc se délivrer de cette illusion de séparation et, par là même, de la croyance du péché. Il doit déchirer les voiles qu’il a lui-même placés devant ses yeux et qui l’empêchent de voir le Royaume de Dieu, en lui et tout autour de lui. il doit accepter de se montrer tel qu’il est, dans sa petitesse, ses imperfections, ses défauts, qui n’en sont pas aux  yeux de son Moi profond. Tant qu’il continue de se cacher, il entretient la peur et l’illusion d’être séparé du Royaume de D.ieu. Il continue de fonctionner à partir de la croyance que l’amour lui a été retiré parce qu’il en est indigne et qu’il ne peut l’obtenir qu’à l’extérieur et sous certaines conditions. Tout comme il est mort en perdant la vue l’unité essentielle de sa nature originelle, il doit mourir à nouveau en se libérant de ses illusions et de ses fausses croyances. Cette mort initiatique, est comme une seconde naissance. 

La nature du Pardon Véritable

Le Pardon est ce changement de regard sur la réalité de l’instant présent, par lequel l’être humain se réconcilie avec son âme, c’est-à-dire avec tout ce qu’il est, tout ce qu’il ressent, tout ce qu’il vit et qui traverse son esprit en chaque instant. En se désidentifiant de toutes ses fausses croyances au sujet de ce qui est bien ou mal, il se place dans le juste milieu, celui d’un esprit bienveillant qui aime inconditionnellement le vivant, tel qu’il est.

Pardonner, c’est observer « ce qui est », le vivant, depuis l’espace immaculé de la pleine conscience aimante. C’est l’essence même du lâcher-prise et de l’accueil inconditionnel. Seul l’amour a le pouvoir de pardonner et, par conséquent, d’apporter la guérison. L’absolution du péché ne peut se faire en demeurant identifié à la forme pensée, car celle-ci est un voile qui empêche l’amour divin de pénétrer le vivant et de lui apporter la guérison. En effet, il n’est pas possible de se libérer d’une souffrance en restant au niveau de la conscience mentale. La seule façon de se libérer de l’illusion de séparation, est de redevenir l’amour lui-même, en pleine conscience. Les pensées négatives et la souffrance qu’elles génèrent peuvent être contemplées pour ce qu’elles sont: des vibrations qui se meuvent à l’intérieur du champ d’observation de la pleine conscience. C’est la métaphore des profondeurs paisibles de l’océan que la tempête en surface ne saurait venir troubler. Jusque -là identifiée aux vagues, et voyant la réalité à travers elles, la conscience de veille peut changer son angle de vue et contempler avec bienveillance.

Pardonner, c’est devenir l’amour, et embrasser l’âme vivante pour la libérer de sa souffrance. C’est devenir ce parent bienveillant qui prend l’enfant intérieur dans ses bras et l’observe avec tendresse, dans un élan du cœur qui pourrait s’exprimer par ces mots: « Je t’aime, quoi que tu aies bien pu faire, et quoi que tu fasses. N’aies plus peur, je veille sur toi et te protège. Sens-toi en sécurité dans mon amour qui t’enveloppe pour toujours. Jamais plus tu ne seras seul, car je veille sur toi. »

En posant ce regard sur vos facettes réprimées et refoulées, vous vous apportez l’amour que vous cherchiez auparavant dans le regard de l’autre. Ainsi, vous devenez libre du monde extérieur. Vous pouvez enfin vous défaire de vos masques, sachant que vous n’en avez plus besoin. Ayant retrouvé la source de l’amour en votre cœur, vous pouvez vous délester des poids inutiles qui vous étouffent. Ayant retrouvé votre vraie nature, vous n’avez plus de faux-moi à défendre. vous n’avez plus peur, car vous savez que l’amour vous protège, vous nourrit et vous renforce. En pardonnant, vous guérissez les blessures de l’âme, c’est-à-dire de votre enfant intérieur. Ainsi, petit à petit, la lourde cuirasse étouffante que vous portez pour garder ce dernier bien caché, se fissure, jusqu’à finir par se dissoudre totalement. Alors la lumière peut à nouveau circuler harmonieusement dans votre incarnation qui la reflète vers l’extérieur, tel un soleil.

Là où il y a souffrance morale, le pardon est nécessaire. Lorsque celle-ci s’exprime sous la forme de rancœur, de jalousie, du sentiment d’injustice, de culpabilité ou de quelque autre émotion négative, c’est le signe que l’enfant blessé appelle à lui votre Présence aimante. Même si la cause de la souffrance semble provenir de l’extérieur, la souffrance, quant à elle, est toujours intérieure. Si cruels et injustes que puissent paraître les actes de l’autre, vous avez toujours la responsabilité de vous occuper de ce que vous ressentez, donc également de votre souffrance. Pardonner à cet autre qui vous a fait du mal est extrêmement difficile tant que vous ne vous êtes pas autorisé à accueillir la souffrance de votre âme avec amour, compassion, bienveillance. Vous pouvez bien tenter de le formuler mentalement, mais si vous ne le pensez pas sincèrement, c’est que le cœur n’y est pas. Le Pardon véritable accordé à l’autre est un rayon de lumière qui jaillit du cœur, et cela implique que la souffrance soit préalablement accueillie et aimée inconditionnellement

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